Verdun, France — 17 juin 1916
Le soldat Thomas Mercier mourut à 4 h 12 du matin.
Du moins, c’était ce que l’Histoire avait enregistré.
Il avait vingt et un ans.
La pluie avait transformé la tranchée en une fosse de boue épaisse où les bottes s’enfonçaient jusqu’aux chevilles. Depuis trois jours, Thomas dormait par périodes de vingt minutes, le dos contre des sacs de terre détrempés. Ses vêtements sentaient la fumée, la sueur et l’humidité. Ses mains tremblaient même lorsqu’il n’avait pas froid.
À 4 h 09, le bombardement reprit.
À 4 h 10, un obus frappa trente mètres à l’est.
À 4 h 11, Thomas quitta son abri pour aider un camarade blessé.
À 4 h 12, un second obus tomba directement sur sa position.
Son corps ne fut jamais retrouvé.
Son nom fut inscrit sur une liste.
MERCier, Thomas — disparu, présumé mort.
Pendant plus d’un siècle, personne ne remit cette information en question.
Pourtant, trois secondes avant l’explosion, Thomas vit quelque chose apparaître devant lui.
Une lumière blanche.
Une femme vêtue d’un étrange uniforme lui saisit le bras.
Le monde disparut.
L’obus explosa dans une tranchée vide.
Thomas Mercier ouvrit les yeux dans une pièce blanche en 2084.
Il était vivant.
Autour de lui se trouvaient cent quarante-sept autres personnes officiellement mortes.
Une petite fille décédée de la diphtérie en 1889.
Un marin disparu en 1742.
Une femme morte dans l’incendie d’une usine en 1911.
Un pilote de 1944.
Un homme provenant du XXIe siècle.
Tous avaient une chose en commun.
L’Histoire croyait qu’ils étaient morts.
Au-dessus de la porte était inscrit un seul mot :
ORPHÉE.



















