Paris — 3 avril 1912
Adrien Lavoie avait vingt-six ans lorsqu'il comprit que quelqu'un voulait le tuer.
La rue était humide.
Les pavés de Montmartre luisaient sous les lampes.
Un fiacre venait de tourner au coin lorsque le premier coup de feu frappa le mur à quelques centimètres de sa tête.
Adrien se jeta derrière une voiture stationnée.
Deuxième coup.
La vitre explosa.
Des passants crièrent.
Adrien sortit un petit revolver de sa poche.
Il n'était pas soldat.
Il était ingénieur.
Montréalais.
Fils d'un horloger.
Passionné par l'électricité, les systèmes de communication et les moteurs.
Il était arrivé en France six mois plus tôt pour présenter un appareil expérimental à plusieurs investisseurs européens.
Un système permettant de transmettre rapidement des données codées sur de longues distances.
Rien qui justifiait une tentative de meurtre.
Du moins le croyait-il.
Un homme apparut au bout de la rue.
Manteau noir.
Chapeau.
Pas pressé.
Adrien tira.
La balle frappa une enseigne.
L'homme riposta.
Adrien courut.
Il traversa une ruelle étroite.
Un marché fermé.
Une cour intérieure.
Puis une femme surgit devant lui.
Robe sombre.
Chapeau élégant.
Elle le saisit par le bras.
— Si vous voulez vivre, suivez-moi.
Adrien leva son revolver.
— Qui êtes-vous ?
— Quelqu'un qui sait que vous devez être mort dans onze jours.
Silence.
— Pardon ?
Elle le tira derrière une porte.
Un troisième coup de feu frappa le bois.
La femme referma.
— Votre nom est Adrien Lavoie. Vous êtes né à Montréal en 1886. Vous deviez mourir à Paris le 14 avril 1912.
Adrien pâlit.
— Comment savez-vous ça ?
Elle répondit :
— Parce que dans mon époque, votre décès est dans les archives.
— Votre époque ?
La femme regarda vers la porte.
— 2027.
Adrien resta figé.
Elle ajouta :
— Et le problème, monsieur Lavoie, c'est que quelqu'un essaie maintenant de vous tuer onze jours trop tôt.



















